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LE LANGAGE DES SENS
l 'Ouïe, la Vue, l'Odorat et le Goût
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Si les phénomènes
complexes qui contribuent à ces heureux mécanismes
de l'effervescence et de la mousse ne sont pas à ce jour
parfaitement élucidés, ils contribuent très
largement à la fascination des consommateurs pour les vins
effervescents.
Il faut dire que les vins effervescents
ont la particularité d'interpeller tous nos sens : l'ouïe,
la vue, l'odorat, le goût et même le toucher sur le
palais et sur la langue.
Tous les stimuli que reçoit
le dégustateur par son oreille, sa vue, sa bouche et son
nez s'associent pour procurer un plaisir plus immédiat et
plus intense que celui d'une boisson tranquille. Il n'est pas
étonnant que, dans ces conditions, les vins effervescents
soient devenus naturellement les vins de la fête et des célébrations
festives. |
L'ouïe
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Les vins effervescents sont les seuls qui peuvent se prévaloir
de posséder une composante sonore. Elle est tout d'abord
violente lors de l'ouverture de la bouteille , puis décroissante
avec le versement, pour devenir charmeuse et discrète lorsque
la mousse s'établit.
Dans un travail récent, Patrice
Simard de l'Université de Compiègne a mesuré
le son émis par un verre de champagne. Ces mesures sont réalisées
dans une pièce spéciale construite à l'intérieur
d'un bâtiment lui-même construit sur un lit de sable.
Le sol et les murs de cette salle sont recouverts d'un mètre
de laine de roche pour éviter toute forme de réflexion.
Dans ces conditions on se trouve dans un silence quasi absolu. Cette
ambiance est assez spéciale, voire insupportable pour certaines
personnes, car l'opérateur à l'intérieur de
cette enceinte entend le bruit de son cœur, de son sang dans
les oreilles. |
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Avec un appareil d'enregistrement
de qualité, il est possible d'enregistrer le son du bouchon qui
saute, celui du champagne versé dans une flûte, et de sa
mousse légère. En digitalisant ces sons, et après
de multiples calculs, on obtient une image qui permet d'observer de quelle
façon les fréquences du signal acoustique évoluent
successivement de façon très variée.
Avec la plupart des autres vins ce phénomène est extrêmement éphémère
et la qualité du verre intervient peu. Avec le champagne au contraire,
l'évolution des sons dure plusieurs dizaines de secondes, la formation
des bulles, puis leur accumulation en fin cordon de mousse en surface
et surtout leur remplacement par d'incessantes nouvelles arrivées,
varient selon la qualité de la surface du verre ou du cristal.
Pour un même champagne, les enregistrements
sonores sont très différents selon le type de verre utilisé.
La vue
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Les
phénomènes de l'effervescence et de la mousse ont
été largement décrits dans notre revue et dans
la plaquette réalisée par le Service Communication
du CIVC sur "L'effervescence" dans la série des
"Clés des vins de Champagne".
Roger Douillard et Bertrand Robillard
montrent que les bulles dans un verre, sont générées
par des sites de nucléations présents dans le vin
ou sur les parois du verre. Ces sites sont soit des microcavités
dans le verre lui-même, soit des particules déposées
à sa surface. Ces petites particules peuvent être des
poussières atmosphériques ou des débris de
fibres de tissu provenant d'un torchon. |
À l'aide
d'un verre spécialement traité et nettoyé, Bertrand
Robillard parvient à montrer que sans sites de nucléation
il n'y a pas d'effervescence, donc pas de mousse. Tant que ces sites de
nucléation sont présents et actifs, ils génèrent
des bulles successives, formant un train de bulles. Un site de nucléation
produit ainsi 10 à 20 bulles par seconde et on observe généralement
quelques trains à quelques dizaines de trains de bulles dans un
verre. Les bulles montent dans le verre sous l'effet de la poussée
d'Archimède. Au cours de leur ascension, leurs diamètres
augmentent car du gaz carbonique diffuse du vin vers la bulle qui, de
ce fait, grossit. Ces bulles alimentent la mousse qui se forme à
la surface du vin. L'arrivée d'une bulle en surface constitue un
moment clé de la vie de cette bulle. En effet à la surface,
deux choses peuvent arriver à cette bulle : elle peut se dégonfler
ou le film liquide qui la sépare de l'air peut éclater.
L'éclatement des bulles à leur arrivée à la
surface du verre provoque l'éjection, à plusieurs centimètres,
de fines gouttelettes de vin. A l'inverse d'une boisson comme la limonade
où les bulles éclatent très vite, la surface d'un
champagne contient des macromolécules dites amphyphiles. Ces grosses
molécules ont des parties œnophiles qui « aiment bien
» le vin et d'autres parties œnophobes qui préfèrent
être au contact du gaz. Ces molécules présentes à
l'interface vin-air, stabilisent la mousse dans la mesure où elles
ralentissent, voire empêchent leur dégonflement mais aussi
leur explosion.
Roger
Douillard a pu ainsi montrer devant les caméras qu'un vin
enrichi en macromolécules, par ultrafiltration, a une tenue
de mousse bien supérieure au même vin appauvri en ces
mêmes macromolécules. Les bulles qui se maintiennent
à la surface du verre migrent ensuite vers le bord du verre,
car elles ont tendance à s'associer puis à se coller
contre la paroi du verre pour former la collerette. Mais cet équilibre
est très instable. Bertrand Robillard illustre l'effet dévastateur
que peuvent avoir le rouge à lèvres ou les produits
de rinçage des lave-vaisselle sur la tenue de mousse d'un
champagne. Cependant, lorsqu'un consommateur observe un verre de
champagne il ne perçoit pas nécessairement toute la
complexité de ces phénomènes. Par contre, il
éprouve toujours une certaine fascination en regardant ces
mouvements maintes fois répétés dans le verre.
Cette fascination est tout à fait comparable à celle
exercée par les flammes dans une cheminée. |
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Le nez et la bouche
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Le gaz carbonique apporte sur l'odorat et le goût une
contribution non négligeable. Il faut cependant reconnaître
que peu de travaux ont été consacrés à
l'influence du gaz carbonique sur les perceptions sensorielles d'un
produit. On sait cependant que la sphère buccale occupe une
place très importante dans la zone consciente de notre cerveau.
Lorsqu'un produit effervescent est mis en bouche, il apporte
une stimulation très forte. Le gaz carbonique agit de deux
manières, au début son action est plutôt mécanique
et instantanée comme une petite piqûre, puis elle se
prolonge par un effet chimique du gaz carbonique. Or le gaz carbonique
est un stimulus des fibres de la douleur, le contraire du plaisir. |
Il faut donc être
vigilant pour que les bulles ne soient pas trop présentes, qu'elles
provoquent un picotement mais sans atteindre la brûlure. Des travaux
sont en cours actuellement pour tenter de comprendre ces mécanismes
et expliquer pourquoi à concentration égale en gaz carbonique
certains vins ont une effervescence agressive, explosive, alors que pour
d'autres elle est plus douce, plus caressante et s'harmonise mieux avec
les autres stimulations sensorielles apportées par le vin.
Arômes &
Goûts
Vidéo 1'07 min |
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